Le Projet

Photographe depuis vingt-cinq ans, c’est très jeune, à ses dix-sept ans, qu’Olivier Koue Chon Lim, alias Pikachu, se lance dans le milieu. Plus qu’un projet professionnel, c’est un projet de vie que l’amoureux de la Réunion, originaire de Bois de Nèfles, entreprend en 2016, avec 2512.

La photographie est une passion transmise à Olivier par son père, lui-même photographe. Préparé par deux formateurs, selon lui, parfaitement complémentaires : Alain Lauret, le reporteur instinctif et Daniel Auguste, plus technique, lui ayant appris la rigueur du métier, c’est dans les meilleures conditions qu’il obtient son CAP photo, à la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Réunion. Il commence en tant que photographe événementiel, dans l’entreprise familiale. Une expérience riche en contact et en échange, facettes du métier à la fois captivantes et primordiales pour Olivier. Il réalise aux côtés de son père, pendant une dizaine d’années, des photos de mariage, de communion et de baptême, ainsi que des photos d’identité au format polaroid. Il conserve cet amour pour la photo instantanée, qu’il continue à exploiter, offrant à chaque personne photographiée au cours de son projet 2512, une photo réalisée au polaroid.

« Pikachu », nom d’artiste pour le moins original, reflétant habilement la jovialité du personnage, est en réalité le surnom donné à Olivier par son groupe d’ami. « Je lance des éclairs avec le flash de mon appareil, ils ont donc décidé de m’appeler Pikachu ! Dévoile-t-il avec humour. Quand j’ai démarré, ma voiture était une Twingo jaune de la forme de la tête de Pikachu, c’était un outil. En me voyant arriver, les gens avaient envie de rire sur les photos. Comme quoi, on peut faire les choses sérieusement, sans se prendre au sérieux. J’ai changé de véhicule, mais pour garder ce côté fun, je vais mettre un marquage sur ma voiture blanche, en forme de Pokeball. ».

Laurent Pantaléon, réalisateur local, lui apprend à porter un regard plus créatif sur le monde. Plus tard, Pikachu s’oriente vers un côté plus artistique de la photographie. C’est à la naissance de sa fille, et dans une volonté de lui transmettre un bel héritage, que lui vient l’idée de 2512. Sa paternité débloque chez lui une part de sensibilité qu’il se plaît, à présent, à dévoiler à travers son art. « 2512, ça a l’air d’un chiffre mystère comme ça, mais ça représente en fait la superficie de la Réunion. C’est comme un Grand Raid photographique, un marathon de sept ans, dont l’idée est de faire une photo de la Réunion par jour pendant 2512 jours. » Explique-t-il. Ce projet, à l’origine, destiné uniquement au cercle familial, met en lumière, aussi bien la Réunion longtemps, que son aspect contemporain. Ses clichés connaissent au fil du temps un joli succès auprès d’un large public, il décide alors de les commercialiser afin de financer la suite de son projet.

«  Je suis 2512 »

Presque de l’ordre du développement personnel, c’est aujourd’hui 2512 qui le construit, plus qu’il ne construit son projet. « 2512, c’est répondre aux questions ; qui sommes-nous à la Réunion, d’où l’on vient et où l’on va, déclare-t-il. ». Dysgraphique, Olivier connaît au cours de sa scolarité, des difficultés, créant chez lui une frustration. La photographie lui permet finalement de montrer les choses de son point de vue. Transformant cette différence, longtemps perçue comme un handicap, en atout, 2512 est pour lui une petite victoire sur l’école. Artiste comblé, c’est avec enchantement qu’il observe l’engouement du public pour ce projet, touchant petits et grands. « Les gens se reconnaissent dans 2512 et le construisent avec moi. Je suis 2512, mais tout le monde l’est. Un projet de cette envergure ne peut pas se faire seul, affirme-t-il. C’est à partir des anecdotes que l’on me raconte que je retrace l’histoire en cherchant des traces perceptibles du passé. ».

« Je joue avec les mots et l’émotion. »

L’amour et le partage, c’est ce qu’il souhaite retranscrire et développer par le biais de son travail. Il retrace à sa manière l’histoire de son Île et n’hésite pas à mettre en lumière les problématiques actuelles, d’ici et d’ailleurs, avec humour et bienveillance. « La photographie est un outil puissant, mais l’humour reste pour moi le plus puissant de tous, déclare Olivier. Je veux rire avec les gens. Je ne ris pas des gens. Je m’inclus dedan ». Afin de capter l’attention du public sur le présent problème d’insalubrité, il souhaite d’ici peu réaliser une exposition dans une déchetterie. Parler d’un problème est pour lui un moyen de faire un premier pas vers sa solution. « Je dis souvent que je suis d’origine « accidentale », c’est-à-dire que je suis complètement occidental, mais par accident, plaisante-t-il. Le métissage, c’est merveilleux, c’est plein de cultures et d’origines qui se mélangent mais cela ne s’est pas fait naturellement. Ça illustre un peu le fond de ma pensée. Il y a du bon et du mauvais et il ne faut pas hésiter à parler du mauvais pour pouvoir profiter de ce qui est bon. Il faut arrêter de trop lisser les choses. ».
Ces photos aux bordures blanches et noires, rappelant, de façon symbolique, ce métissage, sont à retrouver tous les jours sur Instagram aux alentours de 20h, mais également sur les marchés forains de Saint-Paul, Saint-Pierre et de l’Étang Salé. L’artiste expose aussi régulièrement ses œuvres, qui sont à découvrir ou redécouvrir en octobre, à la quatrième édition du Festival de la Photographie qui se tiendra au Vieux Domaine de la Ravine des Cabris.

Chaque image est associée à une légende sous forme de hashtag, permettant à Pikachu de passer un message pertinent de ce qu’il a voulu montrer. Il s’amuse par ailleurs de son utilisation dérivée du hashtag : « Quand les gens tapent #Louboutin sur Instagram, il se peut qu’ils tombent sur une paire de « savates deux doigts », comme on dit, sur du sol d’encaustique rouge d’une case créole, que j’ai appelé Louboutin. C’est un piratage de l’hashtag ! L’idée c’était ça, de créer le décalage entre ce qui est montré et ce qui est écrit. ».

Textes Célia Mussard (Paradise Island)